PRESSE

PRESSE

Racisme ordinaire1998

Racisme ordinaire. Journal Libération. Pages Débats. 7 juillet 1998
Le 26, 27, 28 juin 1998 j'étais conviée en tant qu'auteur au Salon du livre de Nice.
Le 26 juin, alors que le Salon bat son plein et que le maire de la ville inaugure le lieu,
une inconnue s'approche de moi et m'insulte froidement. L'incident s'est déroulé dans
 l'indifférence générale. Le lendemain, il y a foule. Je suis invitée sur le plateau de RMC.
Au beau milieu du Salon, je lis le texte suivant: "Je ne vais pas vous parler de mon livre,
mais simplement vous lire ceci: hier, ici même, une dame s'est approchée du stand derrière
 lequel je me tenais pour me dire les paroles suivantes: " Pourquoi ne retournez-vous pas
dans votre pays? Vous, les étrangers, n'êtes que des envahisseurs, vous détestez la France
tout en profitant de ses largesses"
Avant-hier en Algérie, Matoub Lounès, poète et chanteur berbère était lâchement assassiné par
des ennemis du genre humain. Il n'y a pas de petite ou de grande haine de l'autre. Il n'y a que la
haine tout court. Je voudrai aussi répondre à cette dame que mon pays à moi c'est le monde et
que moi le monde, je l'aime terriblement"
Quelques personnes applaudissent. Quatre écrivains viennent m'offrir leur soutien. J'essaye de
me dire que, sur près de 35000 visiteurs et 220 écrivains présents, c'est déjà beaucoup, c'est déjà
énorme. Et puis, sans doute aussi, que le racisme ordinaire c'est toujours un peu de bruit pour presque rien.
MINNA SIF


Le journal du Mondial. L'HUMA MAGAZINE. Juillet 1998
(...) Samedi 27 juin s'ouvrait le Salon du livre de Nice. Son maire, Jacques Peyrat, est venu serrer la main à des auteurs présents. Une dame, bien mise, qui faisait partie de sa suite, s'est penchée vers l'écrivain Minna Sif. Elle a feuilleté son livre Méchamment berbère, l'a reposé, puis a regardé la jeune écrivaine, marseillaise comme moi, et lui a dit: "Pourquoi vous ne rentrez pas dans votre pays? Pourquoi vous venez prendre le travail des français?"
Je n'étais pas là. Mais j'aurais aimé gifler cette dame.
Au même moment, en  Algérie, à Marseille, à Paris, des milliers de personnes pleuraient l'assassinat de Lounès Matoub. Le fanatisme mettait une nouvelle fois, la Coupe du monde hors jeu. Personne sur aucun stade, n'a sifflé pénalty contre l'Algérie. Aucune minute de silence n'est venue dire,mondialement à la face du monde, ça suffit.

JEAN-CLAUDE IZZO