PRESSE

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La Porte d'Aix Par Leïla Sebbar 1997

                                            

Revue Algérie Littérature/ Action  nov dec 1997

Minna Sif, Méchamment Berbère, roman. Paris : Ramsay,
1997, 273p.,119

La narratrice de
Méchamment Berbère,
Minna Sif elle-même ? on
le devine, donne à lire, à
entendre, un quartier
marseillais fameux,
celui qui a fait dire que
Marseille, c’est déjà Alger, le quartier de la
Porte d’Aix…

Qu’on ne s’attende pas à lire un roman, encore moins un roman sentimental comme aiment en écrire certaines romancières du Maghreb, pour des lectrices friandes d’histoires d’amour malheureuses et délectables, d’héroïnes « flétries et abandonnées »…
La narratrice de Méchamment berbère, Minna Sif elle-même ? on le devine, donne à lire, à entendre, un quartier marseillais fameux, celui qui a fait dire que Marseille, c’est déjà Alger, le quartier de La Porte d’Aix ( qui aurait pu donner son titre au livre). Elle a la férocité de langue, la cruauté sans concession d’une enfant qui dû voir le monde à travers les violences infligées à ceux qui n’ont rien, ni terre, ni maison, ni tribu.
Les femmes surtout, privées de la protection, si minime soit-elle, de la langue maternelle, du sol natal, de la solidarité, anéantie dans l’exil où une femme est seule, soumise, absolument, à la tyrannie du mari et les filles à celle du père. La narratrice parle du Vieux, le père, presque trente ans de plus que la père, dans des termes où la haine est si forte que la langue devient la langue du diable, une langue noire, dure, sans les finesses de la ruse. Celle qui raconte ne ruse pas, elle dit haut et fort, sans dissimulation, ce que d’autres auraient tu, par souci de convenance.Elle transgresse la règle de la réserve, du silence, elle parle enfin et ses paroles frappent. C’est cette violence drue du verbe de la rue qui donne sa force à cette chronique du quartier des pauvres, des Arabes et de tous les exilés, où l’on retrouve ce qu’on connaît déjà et qui aurait pu faire craindre le cliché : hôtel miteux, immeuble du7boulevard des Dames, aux escaliers puants où courent les rats, poubelles qu’on fouille au jour le jour, familles éclatées, épouses immigrées analphabètes, maltraitées et abandonnées, le mouton de l’aïd qu’on égorge dans la bassinede la douche, assistances sociales, allocations familiales qui servent à construire la maison du Maroc, Marabout africain débonnaire et charlatan… Toutes les marques de la vie immigrée, mais un ton neuf, ironique, impertinent, jamais larmoyant, ni complaisant pour dire le malheur, la honte, l’humiliation. Un livre de colère qui n'épargne que la mère, Inna, et ses amies délaissées et délurées. La narratrice, enfant retient des paroles de ces femmes entre elles la verdeur et la férocité qu'elle met en œuvre dans son récit où vit et meurt un quartier dont elle devient la mémoire vive, la Porte d’Aix.
L’écriture dévergondée de Minna Sif, délestée des lieux communs de la langue populaire attendue,
de l’injure conformiste et de la lamentation sonne fort et juste.

Revue Algérie Littérature/ Action  nov dec 1997